"Il était tard. Il achevait son exténuante journée couché dans l'herbe, pétard dans une main, verre de whisky dans l'autre; admirant profondément les quelques rayons de soleil qui ne demandaient eux aussi qu'à disparaître. Comme chaque soir, il s'attardait durant des heures sur sa propre existence, les problèmes plus ou moins futiles auxquels ils devaient faire face, et sa relation explosive avec son entourage. Le soupçon de chaleur qui planait encore l'empêchait de réfléchir à son aise. Il était exténué; exténué par une introspection trop intense, et par le manque de réflexion qu'il accordait à ce qui l'entourait. Il a toujours octroyé, volontairement ou non, plus d'importance à sa petite personne qu'aux autres; et cela avait à la fois le don de l'agacer et de le rendre fier. Insolent paradoxe. Il finissait inlassablement son joint, le quatrième de la journée, malgré son état de somnolence visible depuis les étoiles; lieu qu'il aurait aimé rejoindre en période de crise et quitter en cas de rêve encombrant. Il était à la dérive, son mode de vie était à proscrire, il le savait, mais ne ressentait nullement le besoin et l'envie de le changer. Cette nuit-là, et comme toutes les autres, il s'endormit péniblement, avec l'espoir secret de se réveiller en étant quelqu'un d'autre."
Valentin Journeaux